Parc Dragon Ball, la licence japonaise n'est pas acquise

Quatre jours après l'annonce présidentielle, le dossier du parc Dragon Ball s'est nettement assombri. Il manque toujours l'accord des ayants droit japonais, et les oppositions se multiplient, du Puy du Fou aux élus locaux du Val-d'Oise. On fait le point, et on te donne la parole en commentaire.

Lundi 24 août 2026, l'Élysée officialisait la signature d'un protocole d'accord avec l'Arabie saoudite pour trois parcs à thème à Cergy-Pontoise. Six milliards d'euros, 22 000 emplois annoncés, et pour tous les gamins du Club Dorothée devenus adultes, la promesse d'un Shenron survolant le Val-d'Oise. Quatre jours plus tard, l'enthousiasme est retombé d'un cran. Voici pourquoi.

 

Parc Dragon Ball, la licence japonaise n'est pas acquise

Le vrai problème, la licence n'est pas signée

Le mardi 25 août, soit vingt-quatre heures après la cérémonie, Le Monde révélait que Qiddiya Investment Company n'a pas encore obtenu l'accord des ayants droit japonais pour utiliser la marque et les personnages Dragon Ball sur le sol français. Ni l'Élysée, ni la région Île-de-France, ni Qiddiya n'ont réagi à cette information. Glénat, l'éditeur français du manga avec près de 34 millions d'exemplaires écoulés, n'a fait aucun commentaire non plus, et pour cause, il n'a rien à voir avec le montage du parc.

Le détail qui fâche, c'est le calendrier. Emmanuel Macron, lui, n'a jamais prononcé le nom Dragon Ball dans sa communication officielle. Il a parlé de trois parcs à thème et de son intérêt pour les mangas. Valérie Pécresse a été beaucoup moins prudente en confirmant publiquement un parc consacré à la licence. Selon Le Monde, cette communication en avance de phase pourrait être vécue par les partenaires japonais comme une mise devant le fait accompli, et desservir Qiddiya dans la négociation.

Pourquoi les droits Dragon Ball sont un casse-tête

Depuis la disparition d'Akira Toriyama en mars 2024, les droits de son oeuvre sont répartis entre plusieurs sociétés, chacune sur son périmètre. Il ne suffit donc pas de convaincre un seul interlocuteur.

Acteur Son rôle dans la franchise
Bird Studio Le studio fondé par Akira Toriyama, gardien de l'oeuvre originale
Shueisha L'éditeur du manga, via le magazine Shonen Jump
Toei Animation L'adaptation animée, déjà partenaire de Qiddiya en Arabie saoudite
Bandai Namco Jeux vidéo et exploitation commerciale sur certains segments

Julien Bouvard, maître de conférences en études japonaises à l'université Jean-Moulin-Lyon-III, juge dans L'Express que l'annonce était prématurée et que les discussions avec les ayants droit prendront encore plusieurs années. Il rappelle aussi que le droit d'auteur japonais est très protecteur, et que les entreprises imposent des conditions extrêmement pointilleuses sur l'usage de leurs personnages, jusqu'à la couleur exacte d'un héros.

À noter tout de même, Qiddiya n'arrive pas les mains vides. Le groupe construit déjà à Qiddiya City, près de Riyad, le seul parc Dragon Ball au monde, avec Toei Animation comme partenaire. Cet accord ne couvre simplement pas le territoire français.

Ceux qui s'opposent au projet

Nicolas de Villiers, le patron du Puy du Fou

C'est la voix la plus audible du secteur des parcs. Interrogé sur CNews le 24 août, le président du Puy du Fou a demandé, en substance, pourquoi ne pas promouvoir d'abord la civilisation française. Il propose d'aller chercher l'imaginaire à mettre en scène à Mirapolis dans l'histoire de France plutôt que dans une licence japonaise, en citant Versailles, le Louvre, la tour Eiffel, Victor Hugo ou Saint-Exupéry. Sur RMC quelques semaines plus tôt, il alertait déjà sur le risque de diluer l'identité française en se laissant grignoter, tout en reconnaissant l'intérêt économique du dossier. Son autre reproche vise les Français eux-mêmes, il regrette qu'aucun porteur de projet national n'ait émergé.

La droite et l'extrême droite

Le Rassemblement national et Reconquête ont attaqué le projet sur le même terrain culturel. L'eurodéputée Sarah Knafo a résumé sa position d'une formule qui a beaucoup tourné, Emmanuel Macron veut un Puy du Fou saoudien. Le reproche porte moins sur le parc que sur le choix d'un financement étranger pour occuper un site emblématique.

La gauche et les élus du territoire

Le député du Val-d'Oise Aurélien Taché a déposé deux questions écrites à l'Assemblée nationale le 18 août, avant même l'annonce officielle. La première réclame une étude d'impact environnementale complète et indépendante, ainsi qu'une concertation publique associant élus, associations et habitants, sur le modèle de ce qui avait été fait pour EuropaCity. La seconde interroge le montage financier et les contreparties réellement négociées en échange de l'investissement, notamment sur la qualité des emplois et la maîtrise du foncier. À ce jour, aucune de ces deux questions n'a reçu de réponse publiée, et aucune procédure d'étude d'impact ou de participation du public n'est ouverte.

Du côté du conseil régional, les élus communistes Cécile Dumas et Céline Malaisé pointent un angle mort majeur, la capacité de la branche Cergy du RER A à absorber une telle fréquentation, alors que sa faiblesse est dénoncée depuis des années. À Courdimanche, la conseillère municipale d'opposition Maryeme Bouslam dénonce la méthode, un projet piloté depuis l'Élysée sans concertation préalable des habitants et des communes voisines. À Cergy, la conseillère municipale Daisy Yaïch craint qu'un parc de cette ampleur transforme le paysage urbain et éloigne les populations déjà installées.

Les riverains et les occupants du site

Sur place, les avis sont partagés. Certains habitants se réjouissent de l'animation et de la valorisation immobilière annoncée. D'autres redoutent la circulation, déjà saturée, et la bétonisation d'une friche de 55 hectares bordée de terres agricoles aux portes du Vexin. La friche est par ailleurs occupée depuis une dizaine d'années par une centaine de familles de gens du voyage, qui disent n'avoir reçu aucune information sur leur avenir.

Ceux qui défendent le projet

L'Élysée met en avant un investissement étranger massif dans le cadre de la stratégie Choose France, et la reconversion d'une friche laissée à l'abandon depuis trente-cinq ans. Interrogée sur les critiques liées aux droits humains, la présidence a répondu que la France serait la bénéficiaire de l'opération. Valérie Pécresse défend un dossier travaillé depuis dix-huit mois par ses équipes.

Jean-Paul Jeandon, président de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, se félicite du projet et rappelle que le site est un foncier stratégique pour l'Île-de-France, dans un département jeune où 16 000 personnes arrivent chaque année sur le marché du travail. Il pose toutefois une condition claire, que ce projet se construise avec ses habitants et ses élus.

Sur le fond, l'argument économique tient debout. La France est le deuxième marché du manga au monde derrière le Japon, la moitié des bandes dessinées vendues dans l'Hexagone sont des mangas, et la Japan Expo reste le premier événement du genre hors du Japon. Toei Animation revendique 94 pour cent de notoriété auprès des 25-45 ans en France. Choisir Dragon Ball n'a rien d'excentrique.

Le match des arguments

Pour le projet Contre le projet
6 milliards d'euros d'investissement privé étranger La licence Dragon Ball n'est toujours pas accordée
22 000 emplois directs annoncés dans un département jeune Aucune concertation préalable avec les habitants
Une friche de 55 hectares enfin reconvertie Le RER A et les routes sont déjà saturés
La France est le deuxième marché du manga au monde Une licence étrangère plutôt que le patrimoine français
Une offre de loisirs enfin étoffée à l'ouest de Paris Le financement saoudien et la question des droits humains

Un milliard ou six milliards ?

C'est l'autre zone d'ombre du dossier, et elle passe largement inaperçue. Trois chiffrages ont circulé en moins d'un mois.

Date Montant Ce qu'il couvre
Fin juillet 2026 Plus d'un milliard d'euros Un seul parc, au stade de discussions non officialisées
18 août 2026 Plus d'un milliard d'euros Un complexe d'environ 500 000 m2, selon les questions parlementaires
24 août 2026 Six milliards d'euros Trois parcs, plus hôtels, restaurants et logements

Ces montants ne se contredisent pas forcément, puisque le périmètre annoncé a changé en cours de route. Dire que le projet est passé de un à six milliards serait donc inexact. Ce qui reste vrai, c'est qu'aucune ventilation officielle n'a été publiée entre les trois parcs et les programmes immobiliers annexes, et qu'aucun échéancier de versement n'est connu. C'est précisément l'objet de la question écrite déposée par Aurélien Taché, qui n'a reçu aucune réponse du gouvernement à ce jour.

Alors, le parc est-il mort ?

Non, et il faut se méfier des titres alarmistes. Le protocole signé le 24 août porte bien sur trois parcs à thème, et cette partie n'est pas remise en cause. Ce qui est incertain, c'est l'habillage Dragon Ball de l'un d'entre eux. Le complexe peut très bien sortir de terre avec une autre licence manga, ou avec un accord Dragon Ball signé plus tard.

Maxime Guény, directeur de la publication de Parcs et Loisirs Magazine, estime sur franceinfo qu'un projet de cette ampleur demande cinq à six années avant l'ouverture, soit un horizon 2030-2031. Il rappelle surtout la leçon de Mirapolis, les milliards et les grandes ambitions ne remplacent jamais un modèle solide et de bonnes licences. Autant dire que la question de l'accord japonais n'est pas un détail administratif, c'est le coeur du réacteur.

Vos questions

Le parc Dragon Ball est-il annulé ?

Non. Rien n'a été annulé. Le protocole d'accord sur trois parcs à thème tient toujours. C'est uniquement l'utilisation de la marque et des personnages Dragon Ball qui n'est pas encore autorisée par les ayants droit japonais.

Qui doit donner son accord exactement ?

Bird Studio, Shueisha, Toei Animation et Bandai Namco selon les usages concernés. Cette multiplicité rend la négociation plus longue qu'avec un ayant droit unique.

Pourquoi l'accord saoudien ne suffit-il pas ?

Parce qu'une licence est accordée pour un territoire donné. Le parc de Qiddiya City couvre l'Arabie saoudite, pas la France. Il faut donc renégocier une autorisation spécifique.

Quand saura-t-on si Dragon Ball est confirmé ?

Il faudra guetter une communication officielle des ayants droit japonais ou de Qiddiya. Tant qu'elle n'existe pas, toute annonce reste une hypothèse, même très probable.

Le site de Mirapolis est-il définitivement retenu ?

C'est le terrain le plus cité, une friche de 55 hectares à Courdimanche, mais l'emprise foncière exacte du projet n'a jamais été publiée.

Pourquoi a-t-on parlé d'un milliard puis de six ?

Parce que le périmètre annoncé a changé. Le premier chiffre portait sur un seul parc, celui du 24 août couvre trois parcs plus des hôtels, des restaurants et des logements. Aucune ventilation détaillée n'a été rendue publique.

Et toi, tu en penses quoi ?

Ici on est entre fans, et sur ce dossier il n'y a pas de réponse évidente. On aimerait vraiment lire ton avis en commentaire, sur ces questions par exemple.

Est-ce que l'annonce a été faite trop tôt, avant d'avoir la licence en poche ?

Un parc consacré à une licence japonaise sur l'ancien terrain de Gargantua, ça te dérange ou pas du tout ?

Le financement saoudien change-t-il ton envie d'y aller le jour de l'ouverture ?

Et si ce n'est pas Dragon Ball, quelle licence tu verrais bien à la place ?

Réponds en commentaire juste en dessous, on lit tout.

Pour retrouver le détail de l'accord signé le 24 août, les chiffres et l'histoire du site de Mirapolis, tout est dans notre premier article sur le parc Dragon Ball. Et en attendant que Shenron se décide, tu peux déjà réunir tes sept boules de cristal avec nos goodies Dragon Ball et nos goodies manga.

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