Publié par Benoît dans Pokémon le 31/07/2026 à 09:33
Plus de cent Pokémon jamais vus, des starters méconnaissables, une évolution de Cadoizo. Un DVD interne distribué aux salariés en 2007 vient d'être exhumé, et il raconte de l'intérieur la fabrication de la quatrième génération. |
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Le 22 juillet 2026, la communauté Pokémon a reçu un cadeau qu'elle n'attendait plus. Un documentaire interne tourné par Game Freak pendant le développement de Pokémon Diamant et Perle a été mis en ligne, avec à l'intérieur des dizaines de planches de design que personne n'avait jamais vues. On parle beaucoup de fuite, mais le terme est un peu injuste. Le disque a été acheté légalement par un collectionneur avant d'être préservé et publié par une équipe d'archivistes. C'est moins un piratage qu'un sauvetage patrimonial, et le résultat est fascinant. |
Un DVD interne retrouvé vingt ans plus tardLe documentaire s'appelle Pokémon Diamant et Perle, Behind the Scenes DVD MAKE ALL. Il retrace les deux années de développement du jeu, en commençant au premier jour du projet, le 20 janvier 2004. La jaquette et le disque portent un logo PROJECT CAMEX, parodie assumée du logo Twentieth Century Fox avec Tortank à la place des lettres et des projecteurs braqués sur sa carapace. Pendant près de vingt ans, la seule trace publique de ce film tenait à une mention sur le blog personnel de Junichi Masuda. Toute l'entreprise avait assisté à une projection lors du Pokémon Day 2007, et chacun serait reparti avec sa copie du DVD. En février 2026, une annonce très brève apparaît sur le site d'enchères japonais Mercari. Le disque part à 82 000 yens, environ 500 dollars, et disparaît aussitôt dans la nature. C'est finalement en juin 2026 que le collectionneur Neos, connu sous le pseudo neos_tcg, met la main sur un autre exemplaire auprès d'une source de confiance, prouvant au passage que la copie unique n'existait pas. S'ensuit un travail éclair de recherche, de préservation et de publication mené par une petite équipe autour de l'archiviste Lewtwo. Résultat, 43 minutes de documentaire disponibles sur YouTube et sur Internet Archive, accompagnées de vidéos bonus, de séquences de gameplay précoces, des deux publicités japonaises d'origine et même d'un clip musical monté par les salariés pour les dix ans de la licence. |
Plus de cent designs jamais vus, reconstruits image par imageLe cœur du trésor, ce sont les planches de design. Le documentaire en montre plus d'une centaine, tantôt des versions précoces de Pokémon qu'on connaît, tantôt des créatures purement et simplement abandonnées. Le problème, c'est que la quasi totalité de ces feuilles est filmée en travelling, étalée au sol, souvent à moitié recouverte par d'autres pages, et dans une définition d'époque assez rude. Les archivistes ont donc conduit une analyse image par image, en poussant les contrastes pour deviner les couches de papier cachées et en recomposant plusieurs recadrages pris à des angles différents. Une bonne partie de ce qu'on voit aujourd'hui n'existe que grâce à ce travail de reconstruction. |
Les starters de Sinnoh ont failli être méconnaissablesC'est probablement la partie la plus savoureuse du documentaire, parce qu'on y voit les débats internes. Tortipouss n'était pas une tortue au départ mais un tatou de type Plante, dessiné par Hiroki Fuchino, avec une feuille sur la queue plutôt qu'une pousse sur la tête. Ken Sugimori a demandé un animal plus familier pour les enfants, et le côté tatou a été transféré sur Boskara. Ouisticram devait beaucoup à son concepteur Takao Unno, qui a justifié le type Feu par les fesses rouges des chimpanzés. Sa première version a de tout petits yeux noirs, une frange bien plus agressive et une flamme de queue à deux pointes. Simiabraz a commencé en babouin hamadryas massif, absolument méconnaissable. Sugimori a jugé sa queue enflammée ennuyeuse et réclamé une flamme en forme de couronne, pour créer la surprise au moment de l'évolution et donner un aspect plus prestigieux. Son nom de travail, En'ô, mélange roi des singes et roi des flammes. Tiplouf, dessiné par Yusuke Ohmura, portait au début une vraie couronne et une parka complète plutôt qu'une cape. Les triangles finalement posés sur sa tête évoquent à la fois cette couronne et une coupe au bol, un motif choisi pour rester instantanément reconnaissable une fois animé. Et avant tout cela, Game Freak envisageait des starters totalement différents. On aperçoit un chien d'écume de type Eau, signé Ohmura lui aussi, qui préfigure assez nettement Clamiral et Grenousse. Il y a aussi un loup aux pattes en racines qui évoque Lougaroc, une créature capée proche d'une roussette, et une famille de lions végétaux en trois stades. |
Les Pokémon qui n'ont jamais vu le jourC'est la section qui a fait le plus de bruit sur les réseaux, et on comprend pourquoi.
Ce qui frappe, c'est le nombre d'idées abandonnées en 2005 qui ont ressurgi dix ou quinze ans plus tard sous une autre forme. Rien ne se perd vraiment chez Game Freak, tout se recycle. |
Le Tritosor jaune, le seul qui pourrait vraiment revenirParmi tous ces designs perdus, un seul semble avoir un avenir. Le documentaire montre une version précoce de Tritosor, antérieure à l'idée des formes Mer d'Est et Mer d'Ouest, et surtout de couleur jaune. Cette teinte correspond exactement à une palette chromatique inutilisée retrouvée dans les fichiers du jeu. Le modèle réel derrière le design serait un nudibranche jaune et noir, surnommé le nudibranche Pikachu. Et voilà le twist. Le script de Pokémon Pokopia, sorti cette année, fait allusion à un Sancoki jaune. Vingt ans après son abandon, l'idée est peut-être en train de revenir par la porte du DLC. C'est la piste que toute la communauté surveille en ce moment. |
Dialga, Palkia et Arceus avant d'être des dieuxDialga portait initialement un ornement de tête en forme de cadran solaire qui lui protégeait le visage, plusieurs fines pointes au lieu de l'unique grande corne finale, et une queue nettement plus longue terminée par une lame. Palkia est encore plus surprenant. Sa première version reprend des éléments qui finiront chez Black Kyurem, notamment les ailes déployées vers le haut et la posture voûtée. Une itération plus tardive lui donnait même des marques jaunes sur les genoux et le cou, très proches de celles de Rayquaza, abandonnées pour des raisons qu'on devine sans peine. Arceus enfin. Le documentaire confirme que son torse est basé sur un œuf, présenté explicitement comme la genèse de l'univers Pokémon. Sa première version possédait deux paires d'yeux, la paire inférieure ayant vraisemblablement été recyclée en marques vertes sur les joues. |
Où regarder le documentaireLe film complet est disponible sur YouTube et archivé de manière plus pérenne sur Internet Archive. Attention, il est entièrement en japonais et sans sous-titres pour l'instant. Une version sous-titrée en anglais est annoncée par l'équipe de préservation. Pour ceux qui n'ont pas 43 minutes devant eux, le site de Lewtwo propose un catalogue détaillé design par design, avec les reconstructions et les hypothèses de rapprochement. C'est de loin la ressource la plus complète sur le sujet. |
Notre ressenti de fansOn propage la pop culture depuis 2015, et on a rarement vu la communauté Pokémon aussi unanime. Le sentiment dominant tient en deux mots, émerveillement et regret. Émerveillement parce qu'on assiste enfin au processus créatif d'une des générations les plus aimées de la licence. Regret parce que certaines créatures abandonnées auraient largement mérité leur place dans le Pokédex. C'est aussi une leçon sur la fabrication d'un jeu. Tortipouss en tatou, Simiabraz en babouin, Tiplouf en petit prince couronné, rien de tout cela n'était évident au départ. Les designs qu'on trouve aujourd'hui parfaits sont le résultat de dizaines d'allers-retours et de quelques remarques bien senties de Ken Sugimori. Si cette plongée dans Sinnoh vous a donné envie de replonger dans la quatrième génération, notre rayon goodies Pokémon regorge de figurines, de mugs et d'accessoires officiels. Les amateurs de douceur trouveront leur bonheur du côté des peluches Pokémon, et les collectionneurs de cartes peuvent jeter un œil à nos cartes à collectionner. Chaque commande est préparée avec soin depuis notre stock parisien. |
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